Affichage des articles dont le libellé est animalier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est animalier. Afficher tous les articles

3 juin 2007

Notre amie, toujours elle, décidemment


Va falloir que je pense à renommer ce blog Le blog de la girafe...

Pour tenter une première interprétation de l’analogie girafe-Vérité* (voir texte scanné plus bas), on peut se faire aider par Baudelaire, qui a lu Fourier.

Premier quatrain du célèbre sonnet Correspondances :

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Pour Baudelaire, c’est le poète qui est le passeur, celui qui peut interpréter, déchiffrer la Nature. Ce que Baudelaire veut retrouver, c’est la ténébreuse et profonde unité, celle d’avant la Civilisation, justement. Retrouver le langage originel, celui de l’Age d’or, que cherchent tous les poètes, au fond. En effet, le poète est celui :

Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!

(Elevation)

Mais ce n'est pas là tâche aisée, on se rappelle L'Albatros, cloué au sol et moqué des hommes...


Baudelaire au fauteuil, par Nadar

Le langage des fleurs… il y a des pages formidables de Fourier sur les fleurs... Mais revenons à nos girafes. Pour Fourier, une approche scientifique de l’étude des rapports cachés de l’homme et de la Nature, rapports qu'il s'agit de décrypter, est possible. Tous les modèles de caractères, tous les rapports passionnels, en positif comme en négatif, sont déjà écrits. Mais c'est une approche assez particulière, la sienne, toujours dans un but de réconciliation des hommes avec leur environnement. Cette approche scientifique est aussi extrêmement poétique : la Théorie des quatre mouvements, son premier texte publié, qui est aussi le plus audacieux, est qualifié de poème mathématique, et c’est entre autres pour cela qu’on s'en moquera, notamment Marx (mais pas Engels), qui l’écartera au profit de son « socialisme scientifique », en posant la séparation de celui-ci avec le « socialisme utopique ». La concurrence était rude.

Mais quels sont ces quatre mouvements? Le social, le minéral, le végétal, l’animal, qui doivent, qui peuvent fonctionner en Harmonie grâce aux attractions passionnelles libérées, en séries calculées. Mais cette Harmonie sera inédite, il s’agit en effet d’atteindre à un ordre nouveau et non d’un retour en arrière avant on ne sait quel péché originel. Le projet de Fourier est révolutionnaire.


à suivre


* je garde ici les majuscules de Fourier pour Nature, Civilisation, Harmonie, etc., même si ça n’est plus dans nos habitudes.


Pour plus d’infos sur la girafe, la « vraie », ici c’est vraiment pas mal.

26 mai 2007

la girafe: le retour, donc

L'autre jour je me demandais si ma bibliothèque ne commençait pas un peu à se mordre la queue (voir photo plus bas), ce qui est toujours ce qui peut arriver de pire à une bibliothèque, qui se doit bien plutôt d'être un labyrinthe où se perdre, sans en rester prisonnier, ou alors en connaissance de cause, en acceptant d'entrée les risques que cela comporte... Le mieux étant peut-être de ne pas en avoir, ou de tout laisser dans des cartons au fond d'une cave... Bref, je m'en approche donc et sors quelques bouquins au hasard, enfin presque, et voilà qu'en refeuilletant Fourier, je tombe sur notre amie la girafe, dont il a déjà été question ici:



Fourier, PUF, 1969.

Bien sûr, il faudrait écrire une présentation du passage, s’interroger sur le Dieu de Fourier, par exemple, dire qu’il est tout de même assez particulier. Pour le moment, on peut déjà dire que ce n'est certes pas le Dieu de l'abstinence, de la faute, du péché. Pour le Bisontin (il est né à Besançon en 1772, mort à Paris en 1837), sacré et érotisme sont par exemple indissolublement liés, ce qui n'est pas très catholique, il faut reconnaître. Mais, blague à part, ce Dieu-là peut être facilement tenu pour quantité négligeable (il n'est, en gros, que le Créateur) sans rien enlever à l’originalité des vues de ce penseur-poète singulier, sans "trahir" sa conception d’un monde avant tout régi par la loi des attractions, inspirée de Newton.

Ce dont Fourier nous parle presque toujours - et c'est bien plus intéressant que ses projets de réformes dans le domaine économique, qui ont leurs limites -, c'est de nos désirs, de nos passions. « Les attractions sont proportionnelles aux destinées ». Oui, mais ce n’est pas de l’hédonisme bon marché. Fourier va plus loin, Fourier dérange. D'ailleurs ses disciples (vaut-il mieux, là aussi, ne pas en avoir ?) ne s'y sont pas trompé en escamotant une partie de son oeuvre. L’indifférence aidant par la suite, ce n'est qu'un siècle et demi après leur élaboration (grosso modo jusque vers la fin des années 1960) qu'on a pu avoir accès à l'ensemble des textes.

Car ce que Fourier fustige, c'est la Civilisation, rien de moins, qui pour lui fait suite à la Sauvagerie, puis à la Barbarie, sans que les hommes aient pu en finir avec le mensonge, l'asservissement, le meurtre, etc., bien au contraire. Le salut de l'humanité passe par la mise en place de l'Harmonie. Fourier est ce qu'il est convenu d'appeler un utopiste.

Il faudra y revenir, impossible de résumer en quelques lignes une pensée si originale et si puissante, si déconcertante aussi, parfois. Dire par exemple à quel point il a été un précurseur de Freud (il parle d'« engorgement » plutôt que de « refoulement » mais bon). Citer ses pages sur l'éducation des enfants, une vision par bien des aspects très libertaire...

Photo: T. Buquet, Lyon, parc de la Tête d’or, 1990.

article en ébauche

16 mai 2007

reportage 1










(Ombres, par Bamar)

A suivre...

18 avr. 2007



girafe figurant sur le Paradis de Jérôme Bosch (c.1500)

la girafe

"Peigner la girafe."

version courte

Peigner la girafe : ne rien faire ou perdre son temps.

Cette expression daterait de 1827. Le 30 juin, les parisiens purent voir une girafe pour la première fois. L'animal, nommé Zarafa, était un cadeau du pacha d'Egypte au roi Charles X. La foule l'accueillit avec enthousiasme et on l'installa au Jardin des Plantes avec un gardien personnel. Ses supérieurs reprochant à ce dernier de ne rien faire, il aurait répondu pour se justifier qu'il était fort occupé à "peigner la girafe".

version longue

Faire un travail inutile ou fastidieux; trouver le temps long à ne rien faire.

Il releva d'un coup d'épaule crâneur le sac à outils qui bringuebalait sur ses reins, et gagna la porte en ricanant : « D'ailleurs, je m'en fous... On verra bien... Faire ça, ou peigner la girafe!... » (MARTIN DU G., Les Thibeau., Été 14, 1936, p. 508).

Mais d'où vient cette expression?

En 1826, le pacha d'Egypte offrit simultanément au roi de France et au roi d'Angleterre deux jeunes girafes capturées en Abyssinie. Les consuls des deux pays les tirèrent au sort et la France eut la plus belle.

On embarqua la girafe sur un bateau appelé « Les deux frères ». Elle portait autour du cou un parchemin sur lequel étaient écrits des passages du Coran. Des gardiens égyptiens embarquèrent avec la girafe, ainsi que trois vaches qui fournissaient les 20 litres de lait nécessaires pour nourrir la girafe.

La traversée entre Alexandrie et Marseille se passa bien (sauf pour une des vaches qui eut le mal de mer). La girafe était installée dans la cale du navire et son cou sortait par une trappe.

A Marseille, la girafe fut mise en quarantaine (pour éviter la propagation des maladies contagieuses). Puis, on la fit sortir de nuit pour la conduire jusqu'à la Préfecture. Elle était logée dans une baraque en bois et resta la jusqu'en mai 1827. C'était une véritable attraction et la femme du Préfet organisa de nombreuses réceptions.

Au printemps, on fit sortir la girafe pour lui donner de l'exercice et la préparer au long voyage jusqu'à Paris. C'était la première girafe sur le sol français et chaque sortie était un évènement. En tête du cortège, un peloton de gendarmes à cheval, sabre au clair, dégageait le passage et faisait ranger les véhicules. Venaient ensuite les deux vaches. Derrière, la girafe avait un collier de cuir avec six longes que tenaient les gardiens et des employés de la Préfecture. Enfin, des gendarmes à pied contenaient la foule des curieux.

En avril 1826, Etienne Geoffrois-Saint Hilaire, du Muséum (le Jardin du Roi, aujourd'hui Jardin des Plantes à Paris), était arrivé à Marseille pour prendre livraison de l'animal. Il avait fallu organiser le voyage vers Paris et prévenir toutes les préfectures.

Un tailleur fit à la girafe un vêtement imperméable en toile gommée, boutonné sur le devant. Elle avait aussi un capuchon et un col descendant sur le poitrail.

Le voyage vers Paris commença le 20 mai 1827, à l'aube, sous une pluie battante. Il y avait 880 kilomètres à parcourir, par étapes de 20 kilomètres environ.

Un peloton de gendarmerie escortait la girafe et changeait à chaque canton. Une foule nombreuse venait voir cet étrange animal.

A Lyon, ont fit à la girafe un accueil triomphal. Elle fut exposée cinq jours sur la Place Bellecour.

Le 30 juin 1827, la girafe arriva à Villeneuve Saint-Georges. On lui retira son habit de voyage. 25 gendarmes l'escortèrent jusqu'à Paris. A Paris, plusieurs milliers de personnes vinrent l'admirer.

En tout, le voyage dura plus de trois ans. Le 9 juillet 1827, elle fut conduite au château de Saint-Cloud pour être présentée au roi Charles X. Elle portait une couronne de fleur et un manteau de cérémonie. Le roi lui fit manger des pétales de rose dans sa main.

La girafe devint très à la mode. On la voyait sur le fond des assiettes, on fit des bronzes, des carreaux de faïence, des étoffes, des ombrelles...

La girafe vécut au Jardin des Plantes entre 1827 et 1845.

A sa mort, la girafe fut empaillée et elle se trouve aujourd'hui au musée d'histoire naturelle de la Rochelle.

rédigé par une correspondante

DE CES NOTES PRISES DANS LES MARGES DES LIVRES ET D'AUTRES CHOSES ENCORE...