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1 avr. 2008

Ce projet de société n'est pas le nôtre

Ça n'est malheureusement pas du tout un poisson d'avril :



lire le texte sur le site du Gisti : la xénophobie d’État tue

26 déc. 2007

salauds de pauvres, l'éternel retour

Fallait y penser. En fait non, ça avait déjà été pensé. Suffisait de glisser d'une rubrique à l'autre. Hier sur RFI, Christine Boutin en visite dans un centre d'hébergement d'urgence (le jour de Noël, rendez vous compte, c'est pas beau ça, c'est pas bien chrétien?), se lamentait: après avoir reconnu que l'on manquait de logements "sociaux" en France et que les places en hébergements d'urgence ne suffisaient pas, elle en est venue à dire que de toute façon, MEME SI le gouvernement (sous-entendu par miracle) parvenait à trouver une place pour tout le monde, eh bien c'est sûr qu'il y aurait des gens, comme c'est le cas aujourd'hui, les ingrats, qui refuseraient de se faire mettre au chaud! Trois fois en moins d'une minute, elle l'a répété. Donc c'est comme pour le chômage en fait. C'est pas tellement que les boulots manquent, c'est que les gens veulent pas travailler. Vous voyez le truc. A quoi ça sert qu'on se décarcasse? A quoi ça sert qu'on double, qu'on triple, les capacités d'accueil? A quoi ça sert le "plan grand froid" tant qu'on y est. Et pourquoi que certains SDF veulent pas aller dans ces centres et préfèrent se démerder à l'avenant? Elle se l'est demandé, la ministre? Elle ferait bien, ça lui rabattrait le caquet. Bon, rien de bien nouveau en réalité, tous les hivers c'est la même chose. Mais cette idée du "SDF qui veut pas se loger" qu'on nous balance année après année, plutôt insidieusement d'habitude, assénée cette fois sans vergogne, pourrait bien finir par faire son nid. Et ça c'est inadmissible.

cliché: un clochard à Paris en 1898, par Eugène Atget

25 oct. 2007

de la suite dans les idées?



Ça y ressemble en tous cas. Notre ministre du logement nous avait déjà fait sourire il y a quelques temps dans une Mare aux Canards intitulée « Les amusements de Matignon »
: « Premier séminaire du gouvernement Fillon le 10 juillet, à Matignon. Deux sujets sont à l'ordre du jour avant le déjeuner : les banlieues et l'emploi. » Quelques blagues et lapsus en amuse-gueules, puis du solide, attention ( Le Canard enchaîné du mercredi 18 juillet 2007) :




Et voilà que maintenant elle annonce qu'elle est prête à passer à l'acte:

Logement: Christine Boutin "n'exclut pas la possibilité" de réquisition

La ministre du Logement Christine Boutin "n'exclut pas la possibilité de réquisitionner certains immeubles" dans le cadre de la préparation du plan hiver, a-t-elle déclaré mercredi à l'AFP.

"En ce qui concerne la préparation du plan hiver, je n'exclus pas la possibilité de réquisition de certains immeubles cet hiver, si nous n'arrivons pas à répondre à la demande", a indiqué Christine Boutin qui a visité, dans la matinée, le centre du 115 géré par le Samu social à Ivry (Val-de-Marne).

"La loi (ndlr: de réquisition) existe, elle a été rarement appliquée, elle n'est pas obligatoirement d'une efficacité à 100% mais, compte tenu de la gravité de la situation, et de facon exceptionnelle, je n'exclus pas la possibilité d'user de ce droit de réquisition dans les zones tendues".

Ce droit de réquisition, a précisé la ministre, pourrait s'exercer "sur des institutionnels, des immeubles qui appartiennent à des compagnies d'assurances et qui ne sont pas utilisés, etc.".

Mme Boutin doit présider jeudi matin, avec les préfets d'Ile-de-France, la réunion annuelle pour préparer le plan "grand froid", plan d'urgence hivernale.

20Minutes.fr avec AFP, éditions du 17/10/2007


Dans une autre dépêche, il est précisé que "
ce droit de réquisition pourrait s’exercer sur des immeubles qui appartiennent à l’Etat ou à des sociétés privées et qui ne sont pas utilisés".


Chiche! "tout" deviendrait-il vraiment "possible" avec ces clowns?


Demandez aux Macaq (dont c'est déjà la deuxième - officielle du moins - tentative avortée d'occupation de locaux vides pour les transformer en résidences universitaires):
Expulsion cinema. Demandez rue de la Banque, où ça s'éternise: 5h01 5oct 07; 5h40 5oct 07; 23h 5oct 07. Même le blog du ministère a été réactivé pour l'occasion. Je le redis : bon d'accord Jeudi Noir sont des bouffons, d'accord A. Legrand, son sourire et son anorak rouge même floutés ça fait tache, quant au DAL... mais quand même... Et encore, tout cela ce sont les vitrines, et quand c'est des actions moins exposées, quand les carnets d'adresses sont moins bien fournis... ?

Demandez près de chez vous, c'est forcément arrivé près de chez vous, ou alors ça ne saurait tarder...

16 sept. 2007

Et maintenant c'est des tests ADN.

Rassemblement ce mardi à 18 heures devant l'Assemblée nationale contre le nouveau projet de loi - encore un ! - relatif à « la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile » qui sera soumis à discussion.




ÇA SUFFIT !


Adopté mercredi dernier par la commission des lois de l'Ass.Nat., un nouvel amendement restreindrait encore davantage le droit des étrangers, et notamment le droit au regroupement familial, par la proposition d'instaurer des tests ADN pour s’assurer de la filiation des enfants qui auraient la folle prétention de vouloir rejoindre leurs parents en France.

Bien entendu, les acolytes de Sarkozy (en l'occurrence le député UMP Thierry Mariani) soulignent pour leur défense que ces tests ne seraient pas obligatoires. Or il n'est pas difficile d'imaginer que les candidats qui ne se soumettraient pas au test (entre 150 et 1000 euros selon les pays, à leurs frais) verraient leurs demandes systématiquement rejetées. Le regroupement familial est déjà très très encadré et pouvoir faire venir sa famille est de plus en plus un parcours du combattant, c'est rien de le dire, à l'heure où le traitement
«au cas par cas» est devenu la règle et où la loi, quoi qu'on en pense, n'est définitivement pas la même pour tous.

De toutes les manières,
«volontaire» ou obligatoire, la question n'est pas là. C'est l'idée même de tests ADN pour prouver sa paternité et avoir le droit de vivre avec ses enfants qui est insupportable. Ainsi que le rappelle le communiqué Une famille, ce n’est pas le résultat de tests ADN sur hsn-info (lu via L'En Dehors):

« La France interdit, en effet, hors décision de justice ou besoins médicaux, de procéder à de tels tests tout simplement parce qu’elle considère, à juste titre, que la définition de la famille ne se borne pas au lien biologique.

Réduire la filiation au seul lien biologique, c’est non seulement appliquer un traitement discriminatoire aux étrangers mais c’est aussi nier qu’une famille, ce sont des liens d’une autre nature que ceux du sang.

En décidant d’imposer un tel test aux étrangers, le législateur français nie l’histoire personnelle de chacun.

C’est l’humanité d’hommes, de femmes et d’enfants qui est déniée en la réduisant à une chaîne de molécules.»

« Aucun sujet ne doit être tabou » a pour sa part déclaré Hortefeux. Ben voyons, à force d'être « décomplexé », ce pays s'achemine tout bonnement vers le totalitarisme. En effet, il ne s'agit plus pour ces tristes sires de soi-disant lutter contre une immigration qui serait « subie », afin de récupérer les électeurs déboussolés. Non. Enfin, plus seulement. Un pas supplémentaire, très idéologique, dans la volonté d'humiliation et de négation de l'autre (l'étranger, le pauvre, le différent) en tant qu'individu, en tant qu'être humain, vient d'être franchi.

Doit-on s'étonner? Pas vraiment, si l'on se rappelle les propos du candidat Sarkozy, en mars 2007, sur « la part de l’inné » qui serait selon lui « immense »
(pédophiles de naissance, suicidaires génétiques), ou encore son projet de loi sur la prévention de la délinquance (2006), qui voulait instituer chez les tout jeunes gamins un dépistage précoce des « troubles de comportement ».

Et maintenant, il faudrait se soumettre à un test ADN pour obtenir un visa? Nous ne pouvons laisser faire.

voir également l'appel du GISTI

7 sept. 2007

bulldozer vs. solidarité

Nous avons eu davantage de précisions sur la destruction de la Picharlerie. Destruction du site, pas du collectif hein. Mais quand même, un coup dur, qui s'inscrit dans une politique générale de mise aux "normes" des moindres recoins du territoire, qu'il s'agit de rentabiliser. Des opérations coups de poings légales bien entendu, à défaut d'être justes. Sur le site du collectif, un très bon texte de présentation fait le point sur la situation, après avoir replacé les Cévennes dans le contexte historique (désertification des provinces, puis au contraire "exode urbain" depuis quelques années). Ce texte est aussi un appel à poursuivre les luttes et à les fédérer.

Hier matin c'était l'arrachages des tentes et l'embarquement des affaires de 112 personnes, dont des femmes et des enfants, à Aubervilliers. A la matraque, sur demande de la mairie (PC),
pour "trouble à l'ordre public". Les personnes, sans-logis, n'ont évidemment pas où aller. Alors, pour le moment, elles restent sur place.

A noter également, un autre foyer en colère, rue des Amandiers, Paris 20ème. L'ADEF n'est pas l'Adoma-Sonacotra, mais dans le genre ça a l'air pas mal non plus...

Y en a marre!!

3 août 2007

Reportage: Adoma nous (re)voilà !


Jeudi 2 août 2007, 42 rue de Cambronne, Paris 15ème, face au siège de l’Adoma (ex-Sonacotra)

On n’était pas nombreux, une petite quarantaine à peine. Militants en vadrouille estivale, résidents « sans-papiers » qui ont peur de se faire rafler, essoufflement des mobilisations ?…

17h45, une délégation est reçue par l’Adoma: un élu du 20ème, l’avocat des résidents menacés d’expulsion, un membre du Copaf (Collectif pour l’avenir des foyers), deux représentants du foyer La Duée. Ils en ressortiront à 19h30, soit près de deux heures plus tard.

A propos des arriérés sur les loyers, il semble qu’une négociation se dessine. C’était le volet le moins compliqué de l’affaire, les sommes étant du reste dérisoires. Au sujet des « surnuméraires » bien sûr c’est plus difficile, beaucoup plus. La Sonaco s’en tient à sa ligne de toujours, immuable : le règlement c’est le règlement, c’est une question de sé-cu-ri-té, point. Lorsqu’il est fait remarquer que question sécurité (robinets qui fuient 24h/24, prises de courant défectueuses et dangereuses, issues de secours bloquées depuis des lustres, etc.) ça laisse effectivement à désirer, le poisson est apparemment vite noyé. Le dialogue est souvent tendu, nous rapporte la délégation.

Dehors, pendant que quelques slogans sont scandés au mégaphone histoire de mettre un peu de pression pendant les discussions qui ont cours à l’intérieur, on discute avec les résidents présents, dont certains habitent au foyer depuis son ouverture (1980). Tous soulignent le fait qu’ils travaillent, et dur. Les conditions de vie déplorables sont évoquées : cuisines collectives fermées sous prétexte de rénovation et mise aux normes et jamais rouvertes, manque de WC (« le matin, avant d’aller bosser, il faut faire la queue »), manque de point d’eau dans les étages (« il faut souvent descendre au sous-sol pour trouver de l’eau »), ascenseurs en panne pendant des mois… Une litanie tout ce qu’il y a de plus digne cependant. Un ras-le-bol et des désirs de conditions de vie décentes. Il est également rappelé que deux personnes logeant dans une chambre de 17 m2 paient chacune 223 euros par mois…

En conclusion :

La lutte continue ! Ne pas faiblir dans la mobilisation, rester vigilants, surtout pendant l'été, période toujours propice à des coups fourrés. Continuer de démarcher auprès des résidents pour qu’ils intègrent des collectifs, ce qui est de toutes façons vital si on a en plus des problèmes de titre de séjour, ne pas rester isolé, ne pas avoir honte, parler de ses problèmes administratifs ou financiers… Pour les assos et les orgas, activer les réseaux et continuer à diffuser l’info.

Avant tout début de semblant de rénovation du foyer, nécessité de mettre en place une table ronde pour régler le problème des menaces d’expulsions : cadres de l’Adoma, résidents, élus, associations, voisins…

Ecrire ou faxer au Préfet de police de Paris pour que soient immédiatement annulées les procédures permettant aux forces de l’ordre de pénétrer dans les foyers, ce qui est inacceptable.

Pour faire avancer le dossier, il s’agit de bien montrer que les cas des « surnuméraires » sont des cas de mal-logés, des sans logis comme beaucoup surtout en région parisienne, victimes de l’exclusion, de l'exploitation et de la stigmatisation, ceux qui ne peuvent avoir accès au marché locatif classique (« quand j’appelle pour une annonce et qu’on entend ma voix d’africain, on me dit systématiquement que le logement est déjà pris »), ni aux logements sociaux (non prioritaires car célibataires sans enfants).

quelques slogans :

Adoma, Sonacotra
Pas de police dans les foyers !

Non aux expulsions !
Discutons des solutions!

Droits des locataires, droit d’héberger !

Adoma, Sonacotra
Rendez-nous nos cuisines !

etc.

Pour mémoire et plus d'explications, voir l'appel au rassemblement.

Quelques photos de
mobilisations passées ou d'autres foyers, et un «mini-docu».

Voir aussi l'article wiki rédigé par un correspondant: Foyers de Travailleurs Migrants.

A suivre...

9 juin 2007

mention spéciale

Mention spéciale à cités 2 france. La devise de ce blog: "Toutes les banlieues s'ressemblent alors j'voudrais que toutes les banlieues s'rassemblent !"

Un boulot impressionnant: répertorier et classer des photos de toutes les cités de France et de Navarre, et des DOM, par départements et par villes. 1831 pages à ce jour, des milliers d'images! Bien sûr, en s'y balladant, on finit par avoir quelque peu le tourni à force de slalomer entre les prises de vue aériennes ou en contre-plongée des tours et des barres d'immeubles, mais ça vaut le détour. Avec un peu de patience, j'ai même retrouvé celle où j'ai grandi!

A noter, tout en bas de la page d'accueil, une bonne chronologie des révoltes de 2005, et, de ci de là, de solides dossiers et de chouettes vidéos. En bonus: on peut télécharger la NET TAPE. Tout bénéf, on vous dit.

Quand est-ce que qu'on était tombés dessus? Difficile à dire, mais un correspondant avait déjà posté quelque chose dessus il y a tout juste deux ans. Tout ça pour dire que ça faisait un moment qu'on voulait en reparler, c'est fait. Longue vie à eux!

3 juin 2007

Notre amie, toujours elle, décidemment


Va falloir que je pense à renommer ce blog Le blog de la girafe...

Pour tenter une première interprétation de l’analogie girafe-Vérité* (voir texte scanné plus bas), on peut se faire aider par Baudelaire, qui a lu Fourier.

Premier quatrain du célèbre sonnet Correspondances :

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Pour Baudelaire, c’est le poète qui est le passeur, celui qui peut interpréter, déchiffrer la Nature. Ce que Baudelaire veut retrouver, c’est la ténébreuse et profonde unité, celle d’avant la Civilisation, justement. Retrouver le langage originel, celui de l’Age d’or, que cherchent tous les poètes, au fond. En effet, le poète est celui :

Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!

(Elevation)

Mais ce n'est pas là tâche aisée, on se rappelle L'Albatros, cloué au sol et moqué des hommes...


Baudelaire au fauteuil, par Nadar

Le langage des fleurs… il y a des pages formidables de Fourier sur les fleurs... Mais revenons à nos girafes. Pour Fourier, une approche scientifique de l’étude des rapports cachés de l’homme et de la Nature, rapports qu'il s'agit de décrypter, est possible. Tous les modèles de caractères, tous les rapports passionnels, en positif comme en négatif, sont déjà écrits. Mais c'est une approche assez particulière, la sienne, toujours dans un but de réconciliation des hommes avec leur environnement. Cette approche scientifique est aussi extrêmement poétique : la Théorie des quatre mouvements, son premier texte publié, qui est aussi le plus audacieux, est qualifié de poème mathématique, et c’est entre autres pour cela qu’on s'en moquera, notamment Marx (mais pas Engels), qui l’écartera au profit de son « socialisme scientifique », en posant la séparation de celui-ci avec le « socialisme utopique ». La concurrence était rude.

Mais quels sont ces quatre mouvements? Le social, le minéral, le végétal, l’animal, qui doivent, qui peuvent fonctionner en Harmonie grâce aux attractions passionnelles libérées, en séries calculées. Mais cette Harmonie sera inédite, il s’agit en effet d’atteindre à un ordre nouveau et non d’un retour en arrière avant on ne sait quel péché originel. Le projet de Fourier est révolutionnaire.


à suivre


* je garde ici les majuscules de Fourier pour Nature, Civilisation, Harmonie, etc., même si ça n’est plus dans nos habitudes.


Pour plus d’infos sur la girafe, la « vraie », ici c’est vraiment pas mal.

29 mai 2007

spéciale dédicace

En ces temps où Mai est censé passer à la trappe, quelques reproductions d'affiches de L'Atelier Populaire...

...

...

Zéro nostalgie hein, j'étais même pas née. Zéro mythe, passé glorieux, etc., non plus, juste une envie de ressortir ces images parlantes au possible, et toujours d'actualité...

Pour un bon échantillon, voir ici.


Il y a deux ans, ces images avaient été récupérées sans vergogne par la grande distribution. Pour plus d'infos sur la question, c'est ici ou encore là.

Enfin, un beau détournement de détournement:


27 mai 2007

Fourier, suite

Je poursuis.


Stendhal, qui s’y connaissait en matière de reconnaissance tardive, a dit du penseur, qu’il admirait : « On ne lui accordera que dans vingt années son rang de rêveur sublime » (Mémoires d'un touriste, 1838). De fait, on l’a vu, il aura attendu bien plus longtemps ! Aucun hasard là-dedans, mais bien plutôt un escamotage programmé : par son disciple et principal exécuteur testamentaire tout d’abord, Victor Considérant, qui dans les éditions posthumes fera scrupuleusement le tri, en supprimant notamment tous les passages sur l’amour libre, ce que ne manqueront pas de faire à sa suite les membres de l’Ecole sociétaire, qui garderont pendant longtemps la mainmise sur ses écrits. Il suffira qu’un peu de malchance vienne couronner le tout, avec des manuscrits disparus, des cahiers rongés par les souris, etc. Dans son excellente Vie de Charles Fourier (Denoël/Gonthier, Paris, 1978), Emile Lehouck écrit :

« Son anticonformisme n’allait pas seulement à l’encontre de la morale, il niait également les valeurs de la science moderne : la notion de progrès et les grands principes de la recherche positiviste. Alors que la civilisation bourgeoise affûtait ses armes pour se lancer dans son programme de conquête de la nature, Fourier, fidèle à la tradition ésotérique, concevait la science comme une étude des rapports visibles ou secrets de l’homme avec cette même nature, rapports considérés en termes d’union et non de conflit. Cette vision d’un monde réconcilié, si contraire à notre obsession des prouesses techniques, a été appelée utopie et tournée en ridicule. Cependant aujourd’hui que le formidable déploiement scientifique ne nous offre plus comme perspective d’avenir que l’holocauste atomique, l’empoisonnement de la planète ou encore la famine généralisée, on commence à comprendre que l’esclavage auquel l’homme prétendait soumettre la nature signifiait en définitive son propre esclavage. Marcuse corrige Marx et on en revient à Fourier. »

Il y a pas mal d’endroits sur le net où l’on parle de Fourier. En bouquins, outre l’essai biographique de Lehouck et la synthèse aux PUF déjà cités, je recommande Charles Fourier : vers la liberté en amour, Gallimard, coll. Idées, 1975, avec une très bonne présentation de Daniel Guérin. A dénicher en occase car épuisé et non réédité, il me semble.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Je m’en vais faire un tour du côté de la Place de Clichy prendre quelques photos du socle de la statue disparue de Fourier dont je raconterai l’histoire (connue, mais quand même, pas tant que ça) la prochaine fois…

26 mai 2007

la girafe: le retour, donc

L'autre jour je me demandais si ma bibliothèque ne commençait pas un peu à se mordre la queue (voir photo plus bas), ce qui est toujours ce qui peut arriver de pire à une bibliothèque, qui se doit bien plutôt d'être un labyrinthe où se perdre, sans en rester prisonnier, ou alors en connaissance de cause, en acceptant d'entrée les risques que cela comporte... Le mieux étant peut-être de ne pas en avoir, ou de tout laisser dans des cartons au fond d'une cave... Bref, je m'en approche donc et sors quelques bouquins au hasard, enfin presque, et voilà qu'en refeuilletant Fourier, je tombe sur notre amie la girafe, dont il a déjà été question ici:



Fourier, PUF, 1969.

Bien sûr, il faudrait écrire une présentation du passage, s’interroger sur le Dieu de Fourier, par exemple, dire qu’il est tout de même assez particulier. Pour le moment, on peut déjà dire que ce n'est certes pas le Dieu de l'abstinence, de la faute, du péché. Pour le Bisontin (il est né à Besançon en 1772, mort à Paris en 1837), sacré et érotisme sont par exemple indissolublement liés, ce qui n'est pas très catholique, il faut reconnaître. Mais, blague à part, ce Dieu-là peut être facilement tenu pour quantité négligeable (il n'est, en gros, que le Créateur) sans rien enlever à l’originalité des vues de ce penseur-poète singulier, sans "trahir" sa conception d’un monde avant tout régi par la loi des attractions, inspirée de Newton.

Ce dont Fourier nous parle presque toujours - et c'est bien plus intéressant que ses projets de réformes dans le domaine économique, qui ont leurs limites -, c'est de nos désirs, de nos passions. « Les attractions sont proportionnelles aux destinées ». Oui, mais ce n’est pas de l’hédonisme bon marché. Fourier va plus loin, Fourier dérange. D'ailleurs ses disciples (vaut-il mieux, là aussi, ne pas en avoir ?) ne s'y sont pas trompé en escamotant une partie de son oeuvre. L’indifférence aidant par la suite, ce n'est qu'un siècle et demi après leur élaboration (grosso modo jusque vers la fin des années 1960) qu'on a pu avoir accès à l'ensemble des textes.

Car ce que Fourier fustige, c'est la Civilisation, rien de moins, qui pour lui fait suite à la Sauvagerie, puis à la Barbarie, sans que les hommes aient pu en finir avec le mensonge, l'asservissement, le meurtre, etc., bien au contraire. Le salut de l'humanité passe par la mise en place de l'Harmonie. Fourier est ce qu'il est convenu d'appeler un utopiste.

Il faudra y revenir, impossible de résumer en quelques lignes une pensée si originale et si puissante, si déconcertante aussi, parfois. Dire par exemple à quel point il a été un précurseur de Freud (il parle d'« engorgement » plutôt que de « refoulement » mais bon). Citer ses pages sur l'éducation des enfants, une vision par bien des aspects très libertaire...

Photo: T. Buquet, Lyon, parc de la Tête d’or, 1990.

article en ébauche

25 mai 2007

«Nous ne pouvons rester silencieux»

Signalons et saluons ici la démission de Gérard Noiriel, avec 7 autres chercheurs (sur 12 au total), du comité d'histoire de la future Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI).

Entretien paru dans Libé d'hier, extraits:

Gérard Noiriel explique sa décision de quitter la future Cité de l'histoire de l'immigration.

«Nous ne pouvons rester silencieux»

«Pendant la campagne électorale, nous avons fait savoir publiquement que l'intitulé d'un ministère avec côte à côte les mots «immigration» et «identité nationale» n'était pas tolérable. Par notre expérience et nos travaux, nous savons que cette association a été mise en circulation en France d'abord par le Club de l'Horloge et le Grece (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne)[ deux officines d'extrême droite, ndlr], et diffusée par le Front national. Dans un ouvrage que j'ai publié chez Fayard (1), je montre le rôle majeur des mots ­ plus que des idées ou des arguments ­ dans la construction des stéréotypes sur l'immigration. Ce label associant immigration et identité nationale charrie des représentations négatives. Désormais, tout le monde va prononcer quotidiennement le nom de ce ministère, et ce qui auparavant ne s'entendait que dans la bouche des gens d'extrême droite va être complètement banalisé. Si on ne casse pas ces réflexes, il ne faut pas s'étonner, comme le montre la dernière enquête de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), que 50 % des Français pensent qu'il y a trop d'étrangers dans ce pays !

[...] pendant la campagne de la présidentielle, on a vu resurgir le vieux vocabulaire du mépris et de l'intolérance à l'égard des immigrés.

[...] Nous savons pertinemment que, dans notre société, le point de vue des scientifiques ne pèse pas lourd dans les décisions politiques. Notre seul souci a toujours été d'assumer nos responsabilités de chercheurs impliqués dans la défense d'une cause civique, mais en toute indépendance d'esprit. C'est la raison pour laquelle au moment des violences urbaines de 2005, nous avions rédigé un texte, paru dans Le Monde, pour dire que les dirigeants politiques ne devaient pas employer des termes qui blessent, comme «racaille» , mot qui fait partie d'un vocabulaire extrêmement connoté historiquement et politiquement. Pendant la campagne électorale, plusieurs d'entre nous ont dit publiquement qu'ils ne pourraient pas rester silencieux si un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale était créé. Dans les jours qui ont précédé la constitution du gouvernement, nous avons alerté les autorités sur nos intentions. Mais nous n'avons pas été entendus.»

(1) Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècles). Discours publics, humiliations privées, Fayard 2007.

et aussi:

Une Cité minée par les démissions


A lire également:

LETTRE OUVERTE AU MINISTRE DE L'IMMIGRATION...

par ACAT France, ADDE, Amnesty International, ANAFÉ, CIMADE, GISTI, LDH, MRAP, SAF, Syndicat de la Magistrature

16 mai 2007

ce soir, collage

peut-être un peu cavalier là, mais... Ceci est une invitation:

et ça continue samedi et dimanche. Voir programme ici.

11 mai 2007

passation de pouvoirs...

Je vais assurer la permanence, pour un temps. Edgar est au four, je suis au moulin...

Il est passé. Il l'a dit, l'a répété jusqu'au bout. Cause de tous les maux du pays, « l"héritage de Mai 68 doit être liquidé une bonne fois pour toutes ». Sauf que...

... ça va pas être possible mon gars. Ed m'a laissé quelques notes:

« Il serait du reste intéressant de se demander une fois de plus de quoi on cause quand on parle de Mai 68. Cependant, que l'importance de Mai ait été sciemment minimisée ou soit même carrément passée à la trappe pour que l'histoire officielle n'en garde que la partie la plus visible, c'est-à-dire des avancées dans le domaine social dont il était de toutes les manières inévitable que la France de l'époque se dote dans un contexte plus général d'"émancipation" des années 60, est pour l'instant une autre question.

Quoi qu'il en soit, tout porte à croire que Sarko a écourté ses vacances de milliardaire autant pour mettre fin aux qu'en dira-t-on qu'à cause de la résistance qui se met en place, de la rue qui gronde. Il doit être pressé de reprendre la main, mais il faudra au moins qu'il attende jusqu'au 16 mai... d’ailleurs, il risque de pas être déçu ce jour-là, et même dès la veille. »

« L'affrontement direct ça va un moment bien sûr. Pourtant, il était important d'en mettre un coup le soir même et les jours suivants, de montrer que tout le monde n'est pas anesthésié par les résultats de cette élection. Hollande a évidemment appelé au calme en disant que poursuivre ce genre d'actions ne ferait que conforter ceux qui veulent plus de sécurité, plus de répression, mais il oublie que c'est déjà le cas ! 53% des français ont voté en parfaite connaissance de cause. Ils ne veulent pas seulement le rétablissement du "travail" (rires) et du "mérite", ils attendent aussi le retour de "l'autorité", de "la morale", du "respect", ainsi que leur champion l'a encore martelé dans son discours inaugural, comme tout au long de sa campagne de 5 ans.»

(cette photo a été prise par Rose, qu'elle en soit remerciée)

Il a raison, je trouve (Edgar hein, pas l'autre). A-t-on déjà oublié qu'au moment des luttes dites anti-CPE, ce n'est pas seulement parce que des millions de gens ont manifesté dans les rues que le gouvernement a fait marche arrière? De cela le pouvoir se contrefout. C'est bien à cause des "débordements", du "désordre", car cela coûte très cher en termes d'image, et d'abord à l'étranger. Mais bien sûr, de là à ce qu'on dise merci aux "casseurs"... Avec ce nouveau président ce sera une autre paire de manches, et il faut s'attendre au pire. Des peines exemplaires ont déjà été prononcées, jusqu'à 4 mois FERME aux dernières nouvelles. Et encore il n'a officiellement qu'un pied dans la place.

(Tunnel, by jeremyspark, deviantart.)

C'est pourquoi il est de toutes façons urgent de penser à d'autres modes d'actions, en liaison avec ce qui se fait déjà. Ed:

« Ne pas oublier que la plupart des personnes qui balancent des trucs sur les flics ne sont pas dans ce qu'il est facile de vite taxer de "nihilisme", elles portent aussi en même temps, tout au long de l'année, des projets plus "constructifs". Nous sommes en effet quelques-uns à penser que l'idée est plutôt de continuer à créer un maximum de "communes", le plus autonomes possibles, des poches de résistance où il sera possible de développer et de consolider sur le long terme. »

Oui, et j'ajouterai pour finir aujourd'hui, que les forces de l'ordre doivent aussi commencer à en avoir un peu marre, malgré tout, d'être constamment poussées au rendement par leur hiérarchie, à faire du chiffre, à "atteindre les objectifs". C'est un aspect qu'il ne faudra pas négliger...

A suivre...

(pour des images de dimanche soir, 6 mai 2007, on peut voir FULLMETALBASTILLE)

4 avr. 2007

Depuis des années...

« Depuis des années, une idéologie postsoixante-huitarde a conduit à tolérer l'intolérable » a déclaré l’ex-ministre de l’Intérieur et candidat de choc de l’UMP pour les prochaines présidentielles au lendemain des affrontements police/usagers à la gare du nord de mardi dernier.

Ce n’est pas la première fois que N. Sarkozy vilipende Mai 68 et ses « enfants gâtés », cette « idéologie » qui « installa partout, dans la politique, dans l'éducation, dans la société, une inversion des valeurs et une pensée unique dont les jeunes sont aujourd'hui les principales victimes.» (Marseille, université d’été UMP, 4/09/2006). A cette occasion, il avait également déclaré aimer les enfants qui « se lèvent tôt le matin » et affirmé que le pape Jean Paul II « était et restera une référence pour la jeunesse du monde.» Dans la foulée, il avait alors reparlé de ses rêves d’une jeunesse respectueuse du drapeau français et de la Marseillaise (un an et demi, donc, avant sa concurrente du PS, mais là n’est pas la question). Et puis : « Aimez la France. Battez-vous pour construire, non pour détruire.» « Haïr la France, c'est se haïr soi-même.» etc., etc.

Or qu’en est-il exactement de cette pensée de Mai, au-delà des clichés ? Nous ne résistons pas à la tentation de citer quelque peu le texte qui, publié un an et demi avant les "évènements" (grève générale, avec nombre d'occupations sauvages, tout de même, de celles qui font très peur aux syndicats) avait largement contribué à la diffusion d’idées qui dérangèrent les milieux politiques, académiques, étudiants et autres. Il s’agit de De la misère en milieu étudiant - considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier. C'est on le sait l'un des textes-clés de l'époque, et en le parcourant n'importe qui peut très vite saisir qu’au fond TOUS les candidats à ces élections ne peuvent qu’être opposés à cette "idéologie", et en bloc. Si seulement ils le (re?)lisaient, le prétendant Sarkozy se sentirait moins seul…

Rappelez-vous, cela commençait par: « Nous pouvons affirmer, sans grand risque de nous tromper, que l’étudiant en France est, après le policier et le prêtre, l’être le plus universellement méprisé.»

Extrait de la deuxième partie :

« Après une longue période de sommeil léthargique et de contre-révolution permanente, s’esquisse, depuis quelques années, une nouvelle période de contestation dont la jeunesse semble être la porteuse. Mais la société du spectacle, dans la représentation qu’elle se fait d’elle-même et de ses ennemis, impose ses catégories idéologiques pour la compréhension du monde et de l’histoire. Elle ramène tout ce qui s’y passe à l’ordre naturel des choses, et enferme les véritables nouveautés qui annoncent son dépassement dans le cadre restreint de son illusoire nouveauté. La révolte de la jeunesse contre le mode de vie qu’on lui impose n’est, en réalité, que le signe avant-coureur d’une subversion plus vaste qui englobera l’ensemble de ceux qui éprouvent de plus en plus l’impossibilité de vivre, le prélude à la prochaine époque révolutionnaire. Seulement l’idéologie dominante et ses organes quotidiens, selon des mécanismes éprouvés d’inversion de la réalité, ne peuvent que réduire ce mouvement historique réel à une pseudo-catégorie socio-naturelle : l’Idée de la Jeunesse (dont il serait dans l’essence d’être révoltée). Ainsi ramène-t-on une nouvelle jeunesse de la révolte à l’éternelle révolte de la jeunesse, renaissant à chaque génération pour s’estomper quand le “le jeune homme est pris par le sérieux de la production et par l’activité en vue des fins concrètes et véritables”. La “révolte des jeunes “a été et est encore l’objet d’une véritable inflation journalistique qui en fait le spectacle d’une “révolte” possible donnée à contempler pour empêcher qu’on la vive, la sphère aberrante - déjà intégrée - nécessaire au fonctionnement du système social ; cette révolte contre la société rassure la société parce qu’elle est censée rester partielle, dans l’apartheid des “problèmes” de la jeunesse -comme il y aurait des problèmes de la femme, ou un problème noir - et ne durer qu’une partie de la vie. En réalité, s’il y a un problème de la “jeunesse” dans la société moderne, c’est que la crise profonde de cette société est ressentie avec le plus d’acuité par la jeunesse. Produit par excellence de cette société moderne, elle est elle-même moderne, soit pour s’y intégrer sans réserves, soit pour la refuser radicalement. Ce qui doit surprendre, ce n’est pas tant que la jeunesse soit révoltée, mais que les “adultes” soient si résignés. Ceci n’a pas une explication mythologique, mais historique : la génération précédente a connu toutes les défaites et consommé tous les mensonges de la période de désagrégation honteuse du mouvement révolutionnaire.

Considérée en elle même, la “Jeunesse” est un mythe publicitaire déjà profondément lié au mode de production capitaliste, comme expression de son dynamisme. Cette illusoire primauté de la jeunesse est devenue possible avec le redémarrage de l’économie, après la Deuxième Guerre mondiale, par suite de l’entrée en masse sur le marché de toute une catégorie de consommateurs plus malléables, un rôle qui assure un brevet d’intégration à la société du spectacle. Mais l’explication dominante du monde se trouve de nouveau en contradiction avec la réalité socio-économique (car en retard sur elle) et c’est justement la jeunesse qui, la première, affirme une irrésistible fureur de vivre et s’insurge spontanément contre l’ennui quotidien et le temps mort que le vieux monde continue à secréter à travers ses différentes modernisations. La fraction révoltée de la jeunesse exprime le pur refus sans la conscience d’une perspective de dépassement, son refus nihiliste. Cette perspective se cherche et se constitue partout dans le monde. Il lui faut atteindre la cohérence de la critique théorique et l’organisation pratique de cette cohérence. »

Le texte complet : ici

25 mars 2007

Rue Rampal: les images

Des images de la sortie d'école de mardi dernier (20 mars) commencent à circuler.

On peut voir le début de l'intervention, ou la version plus complète (jusqu'aux gaz et l'arrivée de plus de cavalerie).

24 mars 2007

RAFLES AGAIN

Ces jours-ci, alors que l’on apprend que des policiers ont interpellé dans un café parisien le grand-père chinois et "sans-papiers" d’enfants scolarisés dans le groupe scolaire (Rampal, Paris XIXe) du coin et que ces mêmes policiers n'ont pas hésité à sortir la matraque et les gaz lacrymogènes pour disperser les parents (et les enfants) qui s’opposaient à cette interpellation, il convient de revenir sur ces pratiques et le dispositif qui les légitime, d’autant que les exemples ne manquent pas, même si la plupart échappent aux feux des media.

Dans le cas de cette école, ajoutons que les forces de l'ordre ont également lâché deux chiens (muselés) sur la foule et que la BAC a été appelée en renfort. La directrice de l’école maternelle qui avait rouvert ses portes pour mettre les élèves à l'abri a elle-même reçu du gaz en tentant de s'interposer. Elle a du reste été placée plus de cinq heures en garde à vue au commissariat Erik Satie pour «outrage et dégradation de biens public en réunion» (garde à vue jugée aujourd’hui « légitime » par le parquet de Paris, tout comme l'intervention de la police sur les lieux).

Selon un parent d’élève témoin des incidents de mardi, «Lundi soir, il y avait déjà eu une tentative d’arrestation devant l’école maternelle Rampal d’une dame venue chercher sa petite fille et les parents du quartier en avaient été choqués».
«J'ai un fils de cinq ans. Il est terrorisé», «C'était d'une extrême violence, racontent des mères, il y a des enfants qui pleurent encore aujourd'hui.»

Devant une autre école, au 77 boulevard de Belleville, jeudi matin rentrée des classes, plus de deux cents parents ont dénoncé la traque des étrangers aux abords des établissements scolaires.

«Réquisitions de contrôle d'identité» il appelle ça, le procureur adjoint au parquet de Paris.

Le 10/02/2007 @ 13:18, ailleurs, je postais :

« Peut-on parler de "rafles" en France en 2007 ? Pour ma part il y a longtemps que je ne me gène pas.

Dans son article Du poulet aux Restos du cœur, le Canard de cette semaine revient sur l’arrestation, le 30 janvier place de la République à Paris, de 21 "sans-papiers" qui ont eu l’imprudence de vouloir prendre un repas chaud aux Restos du cœur.

L’occasion était trop belle de faire encore un peu de chiffre dans les semaines qui restent au premier flic de France, pas vrai ? Bien entendu la Préfecture de police de Paris parle de hasard malheureux, pure coïncidence, simple opération de routine etc. etc. Les pandores, qui ont progressivement resserré l’étau, cachés derrière des cars de touristes garés autour de la place, après avoir bloqué les accès au métro au cas où, affirment qu’ils ignoraient tout des activités de l’association sur la place ce jour-là. Etrange, quand tout le monde sait que 400 repas y sont distribués les mardi, jeudi et samedi soirs depuis plus de dix ans… D’ailleurs, pour effectuer ces contrôles d’identité massifs à tel lieu telle heure, c’est la même Préfecture qui chaque semaine demande au procureur de la République (encore elle) de lui en délivrer l’autorisation. Saleté de mauvaise foi, quand tu les tiens…

Même le très loyal Parisien a osé titrer, en y mettant tout de même les guillemets : La «rafle» de République fait des remous (2/02), tandis que Libé du même jour préférait : 21 sans-papiers ont eu le tort d’être affamés.

Pour rappel, je remets plus bas un lien vers une synthèse, rédigée par un correspondant au printemps dernier, de l’odieuse circulaire Sarkozy du 21 février 2006 qui autorise les contrôles à la sortie des écoles, au domicile, au guichet des préfectures et jusque dans les hôpitaux et qui, après avoir scandalisé le monde associatif puis ému l’opinion publique, avait donné lieu à l’autre circulaire permettant quelques régularisations au cas par cas pour les familles ayant des enfants mineurs scolarisés, suite à l’action de RESF et à la mobilisation que l’on sait. Cependant, ainsi que le montre cet épisode d’il y a quelques jours à Répu, pour les célibataires qui ont faim, rien n’est joué, loin de là… »

Chiens, matraques, gaz, individus brutalisés, enfants terrorisés, pauvres embarqués la cuillère à la main, et il faudrait encore qu'on y mette les formes pour parler d'intentions et de pratiques dégueulasses, alors qu'Arno Klarsfeld assurait sur France Intox que «la France est un pays fantastique» et que rue Rampal tout s'était déroulé «dans les règles»?

* la synthèse AZB

* le texte complet de la circulaire sur les « Conditions de l'interpellation d'un étranger en situation irrégulière, garde à vue de l'étranger, réponses pénales ».

* une autre synthèse bien foutue

21 mars 2007

imaginons vite


envoyée par un correspondant (avec le titre).

DE CES NOTES PRISES DANS LES MARGES DES LIVRES ET D'AUTRES CHOSES ENCORE...